mardi 19 octobre 2010

Sonnet à Hélène

Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi, je te prie
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

Baise et rebaise-moi; belle bouche, pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser de Pluton ou la femme ou l'amie,
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

En vivant, presse-moi de tes lèvres de roses;
Bégaye en me laissant à lèvres demi closes
Mille mots tronçonnés, mourrant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai; allons ainsi là-bas:
Le jour tant soit-il court vaut mieux que la nuitée.

P. Ronsard

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