A monsieur Henri Peyre,
Yale University, Dept. of French
New Haven ( Conn. )
(...) " Je suis heureux de ce que vous voulez bien me dire de mon dernier poème publié. Je dois pourtant vous demander de m'excuser pour ce projet de lecture à Washington. Vous me comprendrez quand je vous aurai dit ceci : je suis hostile, en principe, à toute récitation poétique; qui me semble, pour le français tout au moins, limiter ou fausser la portée de l'écrit sur ses multiples voies, concurrentes ou divergentes. ( Admirable "duplicité " - ou multiplicité - de cette langue française, qui doit à son économie même de pouvoir libérer tant de suggestions simultanées ou associées, les mots y jouant, comme la monnaie, le rôle de signes " fidu- ciaires ". ) Et plus particulièrement encore, en ce qui me concerne, je n'ai jamais eu à souffrir l'idée de rien lire à haute voix, pas même à moi-même, et j'ignore absolument, comme poète, le son de ma voix. La poésie ne me semble faite que pour l'oreille interne.
St? John Perse. Washington, 19 août 1956.
E - MOT - TAGES
lundi 1 novembre 2010
D'UNE LETTRE DE ST. JOHN PERSE A ALAIN BOSQUET
A monsieur Alain Bosquet
" (...) Aussi ennemi que vous soyez naturellement de toute complaisance, c'est une belle garantie de vous voir ainsi courir d'emblée au plus elliptique, sans céder trop à l'abstrait, qui frappe de mort tant d'excellents poètes. La menace de l'intelligence est toujours grande chez qui n'est pas, en poésie, assez intelligent ou assez fort pour savoir humilier l'intelligence.
J'ai souvent épié chez vous les risques d'un beau conflit intellectuel. Vous gagnez, je crois, la partie, transposée sur le plan qui vous est propre, et la qualité même du mouvement, dans le cours sensible de votre oeuvre poétique, semble vous garder du danger de désincarnation ( affreux mot! ).
Saint John Perse ( Washington, le 3O octobre 1955.
Oeuvres complètes. ( pages 1O7O, 1O7I ). Gallimard 1972.
" (...) Aussi ennemi que vous soyez naturellement de toute complaisance, c'est une belle garantie de vous voir ainsi courir d'emblée au plus elliptique, sans céder trop à l'abstrait, qui frappe de mort tant d'excellents poètes. La menace de l'intelligence est toujours grande chez qui n'est pas, en poésie, assez intelligent ou assez fort pour savoir humilier l'intelligence.
J'ai souvent épié chez vous les risques d'un beau conflit intellectuel. Vous gagnez, je crois, la partie, transposée sur le plan qui vous est propre, et la qualité même du mouvement, dans le cours sensible de votre oeuvre poétique, semble vous garder du danger de désincarnation ( affreux mot! ).
Saint John Perse ( Washington, le 3O octobre 1955.
Oeuvres complètes. ( pages 1O7O, 1O7I ). Gallimard 1972.
mardi 19 octobre 2010
LA CARAFE
La carafe de vin d'où une goutte affleure,
Tient au bec un rubis, tel un oiseau voleur.
Bashar Ibn Burd
Tient au bec un rubis, tel un oiseau voleur.
Bashar Ibn Burd
L'ORANGE
L'orange suspendue à sa branche
N'est-elle pas fondue dans l'or pur ?
Quel mail l'a lancée, pour qu'elle se penche
En l'air, balle prise dans l'azur ?
Ibn al- Mu'tazz
N'est-elle pas fondue dans l'or pur ?
Quel mail l'a lancée, pour qu'elle se penche
En l'air, balle prise dans l'azur ?
Ibn al- Mu'tazz
LA NORIA
Noria ! tu noies tes godets
A grande plainte nasillarde :
Tel sonne un luth, telle s'attarde
Une chanteuse désolée
Qui ressasse sa ritournelle
Sur trois notes de flûte frêle.
Les godets filent sans répit
Ainsi que tournoient les étoiles
Autour de leur orbe fatal
Les godets tournent sans répit
A grande plainte nasillarde :
Tel sonne un luth, telle s'attarde
Une chanteuse désolée
Qui ressasse sa ritournelle
Sur trois notes de flûte frêle.
Les godets filent sans répit
Ainsi que tournoient les étoiles
Autour de leur orbe fatal
Les godets tournent sans répit
LE CHAUVE
A quelle brille
Sa calvitie !
A la surface
C'est une glace
D'acier aveugle
Qui sonne et beugle
Sous la battue
Des poings obtus
Au point que l'on
Entend le son
Aux environs
De Baghdad même.
Sot phénomène
Que ces faubourgs
Soient pleins toujours
De chants barbares
Délivrés par
Des maîtres ès
Claques épaisses
Mais chose étrange,
Comme l'air change
Sous la pluie fine
Qui tambourine
De ses phalanges.
Ibn ar Rûmi ( époque abbasside )
Sa calvitie !
A la surface
C'est une glace
D'acier aveugle
Qui sonne et beugle
Sous la battue
Des poings obtus
Au point que l'on
Entend le son
Aux environs
De Baghdad même.
Sot phénomène
Que ces faubourgs
Soient pleins toujours
De chants barbares
Délivrés par
Des maîtres ès
Claques épaisses
Mais chose étrange,
Comme l'air change
Sous la pluie fine
Qui tambourine
De ses phalanges.
Ibn ar Rûmi ( époque abbasside )
Et toutes les âmes intérieures des poètes
Et toutes les âmes intérieures des poètes sont amies et s'appellent les une les autres.
M. Proust
M. Proust
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